Le rire de Yue Minjun

Certes, je débarque après la bataille. Après la Fondation Cartier, plus exactement! Mais tout vient à point à qui sait attendre puisque certaines oeuvres de Yue Minjun, qui a connu un franc succès à la Fondation Cartier, sont exposées à la Galerie Daniel Templon jusqu’au 28 décembre.

Yue Minjun

Yue Minjun

Minjun s’est fait connaître par ses tableaux, le représentant rieur sur un ciel bleu. Le portrait est  omniprésent, parfois géant, parfois en série. Le contraste du corps rose et du ciel bleu est frappant et seuls quelques nuages blancs viennent apaiser cette saturation des deux couleurs. Dans cette explosion de couleurs, le trou qui nous attire, c’est la profondeur du noir, l’absence de couleur dans le rire du personnage.

Le personnage rit mais sans nous, il ne communique pas, les yeux clos, on imagine que le fond idyllique, ce ciel bleu parsemé de quelques nuages blancs est l’image qu’il se fait du monde lorsqu’il rit. A l’image du cri de Munch, le rire de Yue Minjun est la réponse aux angoisse de Munch. Tandis que le cri représente l’angoisse du personnage et la représentation de cette angoisse par un ciel qui revêt les couleurs du feu, d’une violence inouïe et hallucinogène (les traits se brouillent, se courbent, s’enroulent, tourbillonnent) et ses amis s’éloignent laissant leur ami dans un cri muet, seul face au spectateur, face à lui-même et à l’horreur du monde angoissant qui l’entoure.

Le personnage de Yue Minjun est quand à lui dans une vision à la fois cynique et utopiste du monde. Il ne cède pas à l’angoisse comme Munch mais se détache totalement d’une vision objective et négative du monde qui l’entoure afin de s’enfermer dans un monde bleu, lisse. En même temps, de la même manière que Munch, le personnage se retrouve seul avec lui même, il ne nous regarde pas, il n’est en communication qu’avec lui-même, ce rire muet nous échappe, et le personnage, quand il se multiplie tend au délire non moins angoissant et pas plus optimiste de l’angoisse de Munch.

Enfin, le noir à la fois profond et vide que dévoile le rire semble mener le cynisme et la dérision à la mort. La mort est d’ailleurs explicitement présente dans plusieurs tableaux elle aussi, se mêlant aux portraits de l’artiste.

Yue Minjun, Galerie Daniel Templon, entrée libre, 30 rue Beaubourg, 75003 Paris, du 9/11 au 28/12/13.

 

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